CHRONIQUE D’UN MASSACRE...ÉVITÉ

 

Dans le cadre d'un programme de restauration d'une des plus belles avenues de France, à Meudon,
et avec un budget de près de 7 millions d'Euros,
l'Etat a lancé en 1999 une campagne d'abattage systématique de 500 tilleuls, centenaires pour la plupart.

Les Meudonnais et tous ceux qui aiment cet endroit se sont mobilisés.
Ils n'ont pu empêcher l'abattage de 197 arbres mais ont fait annuler le projet par le Tribunal Administratif.

Grâce à la concertation acceptée ensuite par l'Etat, un protocole d'accord a pu être signé en juillet 2003,
qui définit les principes de le rénovation de ce lieu magnifique.

Une première tranche de travaux a été effectuée d'octobre 2003 à février 2004.

Les tranches suivantes prennent un retard qui va déjà au-delà des engagements pris par l'Etat.

 



Un site historique exceptionnel à deux pas de Paris

Située à 10 km du centre de Paris, l’Avenue du Château, à Meudon (92), a été créée par le Marquis de Louvois, ministre de Louis XIV, à la fin du XVIIe siècle , probablement sous la direction de Le Nôtre, pour desservir ce qui devint plus tard le Domaine Royal de Meudon. Cet ensemble exceptionnel est classé au titre des monuments historiques.


L'avenue du Château

Longue de 920 mètres de long sur 50 mètres de large, l’Avenue du Château comprend une voie pavée centrale bordée d’un parterre de gazon, et deux contre-allées. Un quadruple alignement de tilleuls (Tilia Cordata), dont les plus anciens ont été plantés au XIXe siècle, confère à l’Avenue son aspect monumental qui la rend unique et prisée des visiteurs.



Le projet initial : une restauration onéreuse… et discutable

Le ministère de la Culture a entrepris la restauration de l’Avenue du Château, partie intégrante du Domaine National.

La Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Ile de France (DRAC), gestionnaire de ce domaine de l’Etat, a développé et commencé la mise en œuvre de ce projet de 6,8 millions d’Euros (45 M de F) sans aucune information, consultation et concertation préalable. Alors qu'elle avait lancé l’étude du projet dès 1997 et commencé les travaux en août 1999, ce n’est qu’en février 2000 que la DRAC a communiqué le détail du projet, à la suite de pressantes demandes de l'AAAC, qui venait de se constituer.

Outre la réfection de la voie pavée et des contre-allées, le projet initial incluait une campagne d’abattage systématique des 511 arbres de l’Avenue pour replanter de tout jeunes tilleuls de même essence. L'Administration justifiait l'abattage au nom de la sécurité (beaucoup d'arbres auraient été malades et dangereux) et de la nécessité esthétique de replanter des alignements parfaitement homogènes (ce qui n'a jamais été le cas depuis que des tilleuls ont été plantés là et n'a pas de sens s'agissant d'un monument végétal).

Le projet prévoyait par ailleurs la suppression totale du stationnement des voitures sur la place Janssen (à l'entrée de la terrasse, très fréquentée, notamment pendant les week-ends) et le stationnement longitudinalement sur les contre-allées, au lieu du stationnement transversal mis en place en 1974.

Enfin, le projet ignorait les mesures prises autrefois pour assurer la sécurité des piétons et ne prévoyait notamment aucun passage piétonnier pour traverser l'avenue!



Les amoureux de l’avenue du Château se sont mobilisés

Fin 1999, les Meudonnais et visiteurs de l’Avenue du Château ont créé l’Association les Amis de l’Avenue du Château à Meudon pour obtenir la communication du projet détaillé, se faire le porte-parole des Meudonnais et des nombreux visiteurs extérieurs, et, avant tout, sauvegarder le patrimoine arboricole de l’Avenue. Depuis sa création, l’AAAC continue de recevoir de nouvelles adhésions parmi les Meudonnais comme parmi les non Meudonnais, visiteurs et amoureux de cette belle avenue.

 

Un dialogue difficile avec les décideurs

Après plus de deux ans de rumeurs et de multiples demandes d'information restées sans réponse, la constitution de l’AAAC en tant qu'association a permis la mise en place d'un processus de concertation en février 2000 sous la présidence du Sous-Préfet de Boulogne-Billancourt. L'Association a pu ainsi avoir accès à des détails du projet et faire part de ses propositions. Mais en conclusion de ces réunions, force est de constater que rien n'avait progressé: l’Administration procéda en avril 2000 à une nouvelle tranche d’abattage et lança la procédure d'appel d'offre pour la suite des travaux, selon un descriptif inchangé qui prévoyait explicitement  l’abattage complet de tous les arbres et le stationnement SUR les contre-allées piétonnes!

L'AAAC a donc déposé en juillet 2000 un recours en annulation de cette décision de l'Etat devant le Tribunal Administratif de Paris a ordonné la suspension provisoire des travaux, puis le sursis à exécution, et enfin a annulé le 7 décembre 2000, pour vice de forme,  la décision de la DRAC portant sur l'abattage des tilleuls de l'Avenue du Château.

Mais un tiers des tilleuls de l'avenue avaient déjà été abattus: Sur les 511 tilleuls qui constituaient les alignements, 75 avaient été abattus en 1999, 8 seulement étaient tombés au cours de la tempête du 26 Décembre 1999 et 108 avaient été abattus en avril et mai 2000 sous le prétexte de la sécurité... Il  restait donc 320 arbres que la DRAC prévoyait toujours d'éliminer bien qu'ils ne soient, au dire même des experts de l’Administration, ni malades ni dangereux (à l'exception de 6 arbres qui furent déclarés dangereux à la suite d’une nouvelle expertise en 2001 et abattus en avril 2002). 

Six mois plus tard, une nouvelle Directrice fut nommée à la DRAC, Madame Anita Wéber, qui reprit le dossier dans un esprit de concertation et créa un Comité de Pilotage du nouveau projet réunissant sous sa direction les représentants des services concernés de l’Etat, de la Ville de Meudon et des associations. Les orientations dégagées par le Comité de Pilotage furent soumises en mai 2002 à la Commission Supérieure de Monuments Historiques qui décida alors du cadre général du projet sur lequel l’Architecte en Chef fut chargé de redéfinir son nouveau projet.

 

Le nouveau projet

Ce nouveau projet, qui devait être présenté en octobre 2002, ne fut finalement présenté par l’Architecte en Chef qu'en mars 2003, sans détails ni discussion. Suite aux critiques de l'AAAC, le projet fut à nouveau modifié et les nouveaux plans communiqués en mai 2003! C'est la discussion de ce dernier projet au sein du Comité de Pilotage qui a finalement conduit à l'accord de toutes les parties sur une première phase de travaux pour l'hiver 2003-04 et à la signature d'un protocole d'accord, en juillet 2003 qui définit le cadre et les principes de la rénovation de l'avenue. L'avenue du Château , en juillet 2004, après la 1ère tranche de travaux

La première tranche de travaux qui comprend la replantation de 82 tilleuls dans les alignements centraux et la réfection de trois "traversées" de l'avenue a débuté en octobre 2003 et s'est achevée en février 2004.

La prochaine phase concernera la rénovation de la Place Janssen, à l'entrée de la Terrasse. Le projet est finalisé mais sa réalisation a été reportée, pour raisons budgétaires, à 2006, puis maintenant à fin 2007...!

La définition précise du calendrier et du contenu des tranches ultérieures doit être discutée dans le cadre du Comité de Pilotage. Mais il apparait déjà que l'ensemble du programme est en retard par rapport aux engagements de l'Etat dans le Protocole d'Accord.

L'AAAC reste vigilante et demande des mesures provisoires pour assurer la sécurité des promeneurs dans l'attente des travaux.

Consciente des difficultés budgétaires de l'Etat, elle a mis au point, avec l'aide de différents experts, un projet de sauvegarde, qui propose la remise en état des deux contre-allées et la replantation des tilleuls manquants dans les alignements externes. Ce projet permettrait de rénover l'Avenue plus rapidement et avec beaucoup moins d'argent.

L'administration, qui a reçu ce dossier début octobre 2005, n'a pas donné de réponse à cette proposition, mais des discussions informelles ont commencé en février 2006 pour réexaminer, avec le nouvel Architecte en Chef, M. Lefèvre, les options possibles pour les phases suivantes.